La Commission européenne envisagerait de quitter Microsoft Azure

La Commission européenne serait en discussion avec OVHcloud ainsi que d’autres fournisseurs de cloud européens pour migrer hors de Microsoft Azure. Elle compte ainsi renforcer sa souveraineté numérique, et pourquoi pas, inciter les administrations nationales à faire de même.

En recherche de souveraineté numérique, l’Union européenne multiplie les annonces d’investissements pour doper le tissu de startups et d’entreprises tech du Vieux Continent. Des velléités d’indépendance qui se diffusent jusque dans les couloirs de la Commission. Selon le média Euractiv, l’exécutif européen serait en négociations commerciales avancées avec le français OVHcloud pour migrer ses services depuis Microsoft Azure vers les services cloud d’OVH.

Des échanges avec OVHcloud, mais pas que

« Oui, c'est vrai. On bosse sur le sujet », a confirmé sur LinkedIn le fondateur et président d’OVHcloud, Octave Klaba. Un porte-parole de l’entreprise, contacté par Next, d’apporter de plus amples précisions : « Des discussions sont effectivement en cours, avec la Commission comme avec d'autres institutions & organisations publiques et privées qui évaluent des projets de migration vers un cloud souverain. Ces échanges, de plus en plus nombreux avec les clients d'OVHcloud et les organisations, traduisent une dynamique de fond et nous positionnent comme l'une des alternatives pour un cloud souverain en Europe. »

Sans préciser si elle allait effectivement quitter Azure, la Commission a déclaré « scruter en permanence le marché ». D’autres fournisseurs de cloud comme IONOS en Allemagne, Scaleway en France et Aruba en Italie seraient également dans les discussions. À noter que les initiatives souveraines telles que S3NS (Thales et Google) et Bleu (Orange, Capgemini et Microsoft) - adossés à des hyperscalers - ne sont visiblement pas dans la boucle.

La crainte d’une interruption de service

Par ce changement de fournisseur cloud, la Commission européenne entend mettre « de l’ordre dans sa propre maison », a déclaré une source contactée par Euractiv. Elle veut également montrer l’exemple vis-à-vis des administrations publiques nationales pour les inciter à orienter leurs fonds publics vers des fournisseurs de cloud locaux.

« Si la Commission européenne a choisi d'intensifier sa collaboration avec un acteur comme OVHcloud, c'est un signal fort. Les institutions publiques montrent l'exemple et leur cap devient la boussole d'un marché en pleine expansion. L'Europe compte déjà plus de 10000 entreprises dans le cloud et le numérique de confiance. Ce marché ne sera pas gagné par hasard, mais par choix », a déclaré Sébastien Lescop, Directeur Général du cloud de confiance, Cloud Temple, contacté par L’Informaticien.

Au-delà de la souveraineté et de la sécurité des données, l’exécutif européen s’inquiète également de problématiques liées à la continuité de service. En mai dernier, Associated Press révélait que Karim Khan, procureur de la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, aux Pays-Bas, avait vu sa boîte mail Microsoft suspendue, possiblement en raison des sanctions américaines, après que les juges de la CPI ont émis des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et son ex-ministre de la Défense, Yoav Gallant. Microsoft s’était défendu d’être à l’origine de la coupure.

Une dépendance profonde

Les réflexions de la Commission européenne autour de Microsoft ne datent pas d’hier. En mars 2024, le Contrôleur européen de la protection des données (CEPD) avait enjoint la Commission de réexaminer son contrat avec l’hyperscaler, notamment concernant l’utilisation de Microsoft 365. L’EDPS avait reproché à l’institution d’avoir violé certaines règles liées à la protection des données personnelles, dans le cadre de la protection des données des institutions, organes, offices et agences de l’UE, notamment concernant les transferts de données personnelles en dehors de l’UE/de l’Espace économique européen (EEE).

Mais peu d’actions concrètes ont pour l’heure été engagées, faute d’alternative « crédible connue de fournisseurs européens », pouvait-on lire dans un document de la Commission. Dans un autre rapport de la DG DIGIT, le service dit voir d’un bon œil les initiatives européennes souveraines, et qu’il évaluera ces solutions dans le cadre d’un usage « complémentaire », dans des projets « de petite envergure » et « au périmètre restreint ». Preuve du fossé entre la volonté affichée de l’Union européenne en matière de souveraineté, et la réalité de la dépendance aux technologies américaines difficilement soluble.