Dans un climat d’incertitude géopolitique mettant en évidence les dépendances technologiques de la France et de l’Europe, la ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Clara Chappaz, relance un appel à projets pour renforcer l’offre de cloud souverain.
Petite soirée souveraineté. La ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Clara Chappaz, a réuni, jeudi 10 avril, à Bercy, des entreprises, administrations, associations, experts et parlementaires pour remettre la souveraineté numérique sur la table, en relançant un appel à projets (AAP) dans le cadre de France 2030. Baptisé sobrement « Renforcement de l’offre de services Cloud », il vise à soutenir l’émergence de solutions souveraines françaises et européennes.
Un observatoire de la souveraineté
« C’est un AAP d’ampleur, qui était attendu, je le sais. Il doit notamment permettre de bâtir des solutions basées sur les dernières avancées en intelligence artificielle. Il porte une ambition : celle de bâtir une offre de cloud européenne attractive, performante, compétitive », a déclaré la ministre déléguée dans son discours d’ouverture. On en sait encore peu sur les fonds qui seront alloués à cet AAP, mais plusieurs dizaines de millions d’euros ont été évoqués.
Dans le même temps, la ministre déléguée a annoncé la création d’un Observatoire de la souveraineté numérique. Piloté par le Conseil général de l’Économie, il aura pour mission d’identifier et de cartographier les dépendances technologiques de la France.
Des choix stratégiques remis en question
Le timing de ces annonces n’a évidemment rien d’un hasard, alors que le contexte géopolitique se tend de plus en plus, mettant la France et ses partenaires européens face à leurs dépendances stratégiques et au risque de voir leurs données menacées par le droit extraterritorial de certains pays, les États-Unis en tête.
« La France, comme l’Europe, est aujourd’hui dépendante de l’extraction de matières premières, d’entreprises productrices de cartes graphiques ou de fournisseurs de cloud qui captent 70 à 80 % du marché européen », a déclaré Clara Chappaz.
Preuve de ces dépendances : certains contrats ont été signés au plus haut niveau de l’État et au sein d’institutions de renom. En mars 2024, le député Philippe Latombe avait demandé au gouvernement de dénoncer deux contrats signés respectivement par le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et par l’École polytechnique avec Microsoft. Le député Les Démocrates regrettait que l’utilisation de solutions souveraines et libres n’ait pas été privilégiée.
Plus récemment, Clara Chappaz a également annoncé le lancement d’un appel d’offres pour la migration des données du Health Data Hub — une base de données qui rassemble les données de santé des Français — vers un autre hébergeur que Microsoft Azure. Une demande de longue date.


