Le 6 juin dernier à Paris, une table ronde réunissant des acteurs technologiques français, un éditeur de logiciel finlandais et une société de conseil IT française a posé une question centrale pour l’avenir du numérique européen : comment l’open-source peut-il constituer la base de notre indépendance numérique, notamment dans la gestion de nos actifs digitaux ?
Cette interrogation ne doit rien au hasard. L’open-source, ou « logiciel libre » en français, n’est pas simplement un choix technique, mais une véritable philosophie, une promesse d’émancipation face aux solutions propriétaires. Le rappel historique est clair : en 1991, Linus Torvalds, finlandais, lançait Linux, le système d’exploitation libre qui allait bouleverser la manière dont les infrastructures IT peuvent être construites et déployées. Il est donc logique que des acteurs européens s’appuient aujourd’hui sur cette technologie pour garder la main sur leurs données et infrastructures.
Côté français, plusieurs grands groupes ont déjà franchi le pas : Décathlon, Adeo, Backmarket, Mirakl, Norauto ou encore Kamino Retail — filiale de Equativ — utilisent des bases de données open-source. Le logiciel open-source supprime les frais de licence élevés des solutions propriétaires. Ces outils, opérés et simplifiés par des plateformes comme Aiven (sécurité, gestion des accès, scalabilité, mises à jour) permettent de réduire considérablement les coûts, tout en assurant flexibilité et contrôle.
Mais au-delà des économies, la question de fond est bien celle de l’indépendance. Aujourd’hui, la majorité des infrastructures cloud en Europe dépendent encore des géants américains du secteur — Amazon Web Services, Microsoft Azure, Google Cloud. Le concept de Cloud souverain européen, porté par des initiatives publiques et privées, peine à se déployer à grande échelle.
Face à ce constat, les entreprises peuvent anticiper leur transition vers ce futur Cloud souverain. Or, c’est là que le logiciel libre entre pleinement en jeu. Les logiciels open-source sont standardisés, interopérables, et surtout portables : ils peuvent être déployés sur n’importe quel cloud, public ou privé, européen ou international. Cette portabilité offre une liberté stratégique immense, permettant aux DSI d’éviter le verrouillage propriétaire et de basculer entre fournisseurs selon les opportunités économiques et techniques.

Keynote animée par Dimitri Casvigny: TCO des infrastructures data,Keynote animée par Dimitri Casvigny: TCO des infrastructures data,ce qu’on voit… et ce qu’on oublie souvent.
Ainsi, Kamino Retail (fait partie du groupe Equativ, société française AdTech) a mis en place une infrastructure des données open-source dès le début de sa création en 2023. Ce qui leur a permis de changer de fournisseur cloud en 2024 sans grand projet informatique de réécriture de code. Quand ils ont vu leur volume de données augmenter de 1 à 5 Téraoctets et leur facture s’envoler “ils étaient prêts”, expliquait Emmanuel Valette (co-fondateur et DSI de Kamino Retail) lors de la table ronde: “juste les coûts réseau à l'époque représentaient le coût total de notre compute à l’heure actuelle, alors qu’on a 4 fois plus de trafic”.
Pour basculer vers un cloud différent, Kamino Retail a utilisé la plateforme multi-cloud Aiven, sur laquelle la migration s’est faite “sans interruption de service et en un temps record”. Selon Emmanuel: “les services managés Aiven nous permettent de nous concentrer sur le développement et l'analyse de données, simplifient la gestion de l'infrastructure et réduisent la charge opérationnelle”.
Ce cas concret souligne deux points essentiels : premièrement, l’open-source est un levier économique puissant, réduisant les coûts liés aux licences et à l’exploitation des infrastructures. Deuxièmement, c’est une solution stratégique qui donne aux entreprises la maîtrise de leur destin numérique, en réduisant leur dépendance aux géants du cloud.
À l’heure où l’Europe cherche à renforcer sa souveraineté technologique — à travers des initiatives comme Gaia-X ou des réglementations renforcées sur les données —, adopter l’open-source apparaît comme une étape pertinente. Elle permet de construire une infrastructure numérique résiliente, agile, et capable de s’adapter aux futurs défis.
En attendant que le Cloud souverain européen devienne une réalité concrète et mature, l’open-source offre aux entreprises une voie pragmatique, efficace et souveraine. C’est cette capacité à allier innovation technologique, optimisation économique et stratégie d’indépendance qui fera la différence dans les années à venir.
Par Dimitri Casvigny, Directeur Général Aiven (France) et Vice-président Corporate Development groupe
